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Kiné actualité n° 1199 du 17 juin 2010

La balle au centre : et le patient ?

La loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’Hôpital concerne le Patient, la Santé et les Territoires (loi HPST). Elle place au centre du dispositif le patient qui doit trouver au sein de l’hôpital comme des territoires non seulement des soins efficaces, mais également un système de prévention et d’éducation à la santé. L’ensemble mobilisant à la fois les secteurs médical et social.
Le système de santé permet déjà l’accessibilité des soins à tous. Chacun peut être soigné selon sa pathologie et non pas selon ses ressources.
La loi HPST va plus loin encore puisqu’elle place le patient au centre du dispositif de soins.
C’est donc qu’elle lui accorde toute l’attention due à la personne humaine et à sa vie, comme bien inestimable, n’ayant pas de prix.
Placer le patient au centre du système de soins, c’est reconnaître aussi la valeur de son vécu et de son témoignage pour l’établissement du dossier médical.
Ainsi, lorsque le 4 mars 2002 la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé autorise la reconnaissance du titre d’ostéopathe, les commissions d’agrément doivent à la fois lister les établissement agréés et régler le sort des praticiens qui exercent depuis de longues années et revendiquent le titre.
Il faut attester d’une formation de 2 660 heures ou d’un exercice pour obtenir le titre. L’exercice se conçoit avec des patients.
Ceux-ci connaissent le type de traitement reçu et différencient ce qui améliore ou non leur état. Ainsi les patients qui témoignent le font-ils en connaissance de cause. Dès lors, comment certaines commissions régionales osent-elles les mépriser en signifiant qu’ils n’ont pas les connaissances requises pour apprécier la différence entre un massage, une rééducation et un traitement ostéopathique ?
Les patients ne sont pas des analphabètes. Ils identifient les soins qu’ils reçoivent d’un MK. Nous expliquons et avons le devoir d’informer le patient de la pratique que nous développons. Le patient doit être d’accord avec le praticien pour que le traitement commence.
Dans ces conditions, pourquoi des témoignages émanant de directeurs de société, d’enseignants, d’avocats, de professionnels de santé, infirmières, MK, médecins généralistes, médecins ostéopathes, chirurgiens orthopédistes ne sont-ils pas retenus ?
D’autant que ces témoignages engagent la responsabilité de leur auteur : recueillis sur un formulaire cerfaté du ministère de l’Inté-rieur, celui-ci stipule clairement qu’en cas de fausse déclaration l’auteur est punissable d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. De plus, une photocopie recto verso de la carte d’identité est jointe à l’attestation.
Dès lors, le patient à qui on refuse cette attestation est-il toujours au centre du système soins, ou ne se retrouve t-il pas méprisé à la périphérie ?
La balle n’est plus au centre. En quelques instants, elle est baladée d’un bout à l’autre du terrain.
Le patient mérite le respect. Si le législateur l’a placé au centre du système de soins, ce n’est pas pour que quelques-uns interprètent les textes à leur manière, avec la volonté de les transformer en une loi bis ; la loi n’estelle pas la même pour tous, sans que chacun n’élabore la sienne.
La question se pose alors de savoir si les témoignages émanant d’une clientèle d’exclusifs sont davantage recevables que ceux émanant des patients de professionnels de santé ?
Effectivement, les exclusifs identifiés sous forme de “ni-ni”, de “non-non” ou de “ni-non” ne sont pas des professionnels de santé car le législateur ne leur accorde qu’un titre. Ils ne soignent pas de patients, ils reçoivent des clients : l’esprit n’est pas le même. Le témoignage d’un client serait-il plus recevable que celui d’un patient ?
Les censeurs ont leur réponse, nous avons la nôtre.
Nous aurions préféré passer devant la commission avant d’être interdit d’exercice ; mais celle-ci n’a reçu personne, faute de temps, nous dit-on !!!
Mais au fait, devant quelle commission sont passé nos censeurs ?
Nous sommes, comme les confrères dans cette situation, convaincus de notre bonne foi. La bonne foi étant considérée par le philosophe André Comte-Sponville comme un fait et une vertu. Comme un fait, c’est la conformité des actes et des paroles à la vie intérieure. Comme vertu, c’est l’amour ou le respect de la vérité.
Le patient retrouve alors la nature de son témoignage et le praticien la confiance en la loi.
La balle revient au centre, le patient aussi, mais dans le système de soins. La parole est au juge.

Bernard Gautier (Ile-de-France)






 
 
 
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