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La HAS recommande d'assurer le suivi des patients atteints de maladies chroniques pendant la période de confinement

Sophie Conrard
- 8 avril 2020

La Haute autorité de santé (HAS) insiste sur l'importance de ne pas perdre de vue ces patient malgré le confinement, et adresse une série de conseils pratiques aux professionnels de santé.

Les urgences et les cabinets de ville ont tous enregistré une très nette baisse d'activité depuis le début du confinement. Les patients n'osent plus se déplacer, par peur d'être contaminés ou de déranger des soignants très occupés par l'épidémie de Covid-19. À la demande de la Direction générale de la santé (DGS), la HAS a publié le 2 avril des recommandations pour le suivi des patients chroniques. « Les personnes atteintes de maladies chroniques somatiques sont plus exposées à des formes graves d'infection Covid-19. Elles sont aussi plus à risque d'aggravation ou de déstabilisation de leur maladie chronique, du fait d'une moindre surveillance, en raison des mesures de confinement, de limitation des déplacements pour des consultations médicales en présentiel. Le risque de rupture de la prise en charge des patients fragiles est réel », explique la HAS en préambule.

6 conseils à retenir

1) Rappeler au patient la nécessité de poursuivre la prise en charge de sa maladie : autosurveillance, gestion des symptômes et des traitements et rappel des objectifs thérapeutiques fixés, pas d’interruption du traitement de fond sans avis médical, importance des consultations médicales et le cas échéant d’un suivi paramédical.

2) Informer le patient sur la nécessité d’alerter son médecin traitant en cas de symptômes inhabituels qui peuvent traduire une décompensation de la maladie chronique, une maladie intercurrente ou un covid-19.

3) Repérer, contacter et renforcer la surveillance des personnes dont la situation est plus à risque : les personnes en ALD, les personnes âgées à domicile, polypathologiques, les personnes atteintes de troubles psychopathologiques, les patients ne suivant pas régulièrement leurs traitements.

4) S'assurer que le patient dispose des moyens des protections vis-à-vis du virus, de moyens de communication suffisants, des coordonnées des contacts médicaux et paramédicaux, des médicaments nécessaires et renforcer l’information du patient sur les mesures de protection vis-à-vis du SARS-COV-2 et vérifier la bonne adhésion à ces mesures.

5) Évaluer la nécessité d’un renforcement du suivi, médical, infirmier ou par un autre professionnel (masseur-kinésithérapeute, psychologue, etc.).

6) Encourager le maintien d’une bonne hygiène de vie et d’une activité physique a minima et soutenir l’implication des patients dans leur prise en charge.

Assurer la continuité du suivi
Il est important de faire comprendre aux patients chroniques et à leurs proches ou aidants qu'il est nécessaire de continuer le suivi de leur maladie chronique, même pendant le confinement. Ils doivent continuer à s'auto-surveiller et à faire de l'ETP avec leur soignant référent, si possible en visioconférence.

Ils doivent continuer à prendre leur traitement médicamenteux de fond et ne pas en modifier la posologie sans avis médical. Leur ordonnance peut être renouvelée par un pharmacien, sans nouvelle ordonnance, jusqu'au 15 avril (date qui sera reportée si le confinement se prolonge), pour une durée d'un mois.

En cas de problème inhabituel ou si leur état s'aggrave, ils doivent alerter leur médecin traitant (même s'ils sont suivis à l'hôpital, insiste la HAS).

Il faut leur expliquer aussi qu'ils doivent rester le plus actifs possible, et conserver une bonne hygiène de vie.

S'ils ont besoin d'une consultation médicale présentielle, expliquez-leur qu'ils peuvent prendre rendez-vous dans des conditions sécurisées et en appliquant les mesures barrière.

La HAS plaide pour le développement du télésoin
La HAS encourage le recours à la téléconsultation et au télésoin, lorsque la prise en charge du patient à distance est possible. Elle appelle les pouvoirs publics à favoriser son développement, soulignant son intérêt en période de confinement pour assurer une prise en charge médicale et soignante à domicile pour les patients présentant des symptômes de l'infection ou reconnus positifs au Covid-19, garantir la continuité des soins pour les patients chroniques, atteints de troubles psychiatriques et pour le suivi des femmes enceintes, pour protéger les soignants et leurs patients du virus.

La HAS insiste sur l'importance de s'assurer de la bonne compréhension des informations et conseils par le patient télésuivi et/ou ses proches aidants.

À ce jour, les médecins, sages-femmes, infirmiers et orthophonistes sont déjà autorisés à faire du télésoin. Le 6 avril, lors de son point presse, Olivier Véran a annoncé que les masseurs-kinésithérapeutes auraient bientôt la possibilité d'en faire également.

Lorsque la téléconsultation n'est pas possible, par exemple pour les patients qui vivent en zone blanche ou qui n'ont pas de smartphone, la HAS recommande aux soignants de leur téléphoner.

Repérer les personnes pour qui la situation risque de déstabiliser leur(s) maladie(s) chronique(s)

- Les personnes en ALD
- Les personnes âgées à domicile, avec polypathologies complexes
- Les personnes avec des psychopathologies, pour qui le confinement sera un facteur aggravant
- Les personnes ne suivant pas régulièrement leur traitement
- Les situations familiales/sociales complexes : exiguïté et précarité des logements, violences intrafamiliales, addictions notamment alcool

Il est important aussi de renforcer l’information du patient et de son entourage sur la nécessité de se protéger vis-à-vis du Covid-19 en restant confiné, en appliquant les mesures barrière et de distanciation sociale, en portant un masque lorsque c'est nécessaire, et en privilégiant la téléconsultation lorsque c'est possible.

Si une consultation en présentiel paraît nécessaire, il faut privilégier une visite à domicile avec une protection respiratoire. Si le patient doit absolument se rendre au cabinet ou à l'hôpital, il faut prévoir pour lui un circuit et un horaire dédié, garantir le respect des mesures barrières et avoir une organisation du cabinet qui limite les risques de contamination du patient.

Une téléconsultation peut également être utile pour évaluer l'environnement du patient : présence ou absence d'un entourage aidant, aide pour faire les courses, accès au matériel nécessaire pour se protéger du virus, à des moyens de communication, connaissance des numéros d'urgence, etc. Cela peut permettre aussi d'évaluer la nécessité de mettre en place un suivi par une infirmière libérale, un psychologue, un kinésithérapeute...

Rappel

Ces préconisations, élaborées sur la base des connaissances disponibles à la date de leur publication, sont susceptibles d’évoluer en fonction de nouvelles données.

Source : HAS, Assurer la continuité de la prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques somatiques pendant la période de confinement en ville

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