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Albin Guillaud et Nelly Darbois, kinésithérapeutes et candidats aux législatives

©DR

Sophie Conrard
- 8 juin 2022

Ce couple de kinésithérapeutes, qui exercent en libéral en Savoie, se présente au scrutin des 12 et 19 juin pour promouvoir une idée : le referendum d'initiative citoyenne (RIC). Explications.

"Après mes études, j’ai fait parti d’une association qui enseigne et promeut l’esprit critique : le Cortecs", raconte Albin Guillaud, 36 ans, qui s'est depuis engagé dans plusieurs associations et collectifs visant à "changer le fonctionnement de nos institutions et de notre système politique". Plus précisément, "je souhaite donner plus de pouvoir aux citoyens, à travers le RIC constituant, et redistribuer le pouvoir pour que les décisions soient prises au plus petit échelon possible. De la même façon que certains souhaitent relocaliser l'agriculture ou des emplois, je voudrais relocaliser la prise de décision, donner aux gens l'initiative des projets de lois", explique-t-il. Il a sous le coude "un texte de loi clé en main, qui serait très facile à mettre en œuvre. C'est juste une question de volonté politique", affirme-t-il.

Un espoir : le RIC constituant

S'il ne s'est jamais engagé à l'Ordre ou dans un syndicat (mais il dit s'être posé la question), Albin Guillaud est engagé depuis un an et demi au sein d'un collectif qu'il a contribué à créer avec des membres du Cortecs, baptisé "Espoir RIC". Dans ce contexte, il s'est interrogé après la dernière élection présidentielle : "Je me suis dit que c'était peut-être le bon moment pour m'engager plus avant en politique. Je n'ai aucune soif de pouvoir, mais je n'ai trouvé aucun candidat pour porter notre projet. Je compte sur les législatives pour le médiatiser." Le collectif présente 5 candidats en France (dont un autre kinésithérapeute, Thomas Riché, dans les Pyrénées Atlantiques). Si on y ajoute ceux d'autres collectifs similaires, "nous sommes présents dans une cinquantaine de circonscriptions", se réjouit-il. "Ces 50 candidats sont tous d'accord pour faire du RIC constituant une priorité s'ils sont élus députés."

L'objectif, outre l'opération de communication autour du sujet qui les occupe, "c'est d'obtenir au moins 1 % des voix (soit 360 voix dans notre circonscription), pour pouvoir toucher des subventions et alimenter le mouvement". Et s'il était élu ? Où trouverait-il sa place dans l'hémicycle ? Pas facile de le savoir : "Nous sommes centrés sur le fait de gagner de nouveaux droits civiques (par exemple que les citoyens disposent d'outils sérieux pour contrôler les élus durant leur mandat). Nous n'avons aucune couleur politique. Nous ne sommes ni de droite, ni de gauche", assure-t-il. Pour tout autre sujet débattu à l'Assemblée nationale (santé, sécurité, éducation, agriculture, international, culture…), il promet qu'il s'abstiendra. "Je m'engage uniquement à voter favorablement pour toutes les lois qui iront dans le sens de l'élargissement des droits civiques. Je ne suis pas là pour défendre ma profession ! Si je suis élu, je consacrerai l'intégralité de mon temps et mon énergie à instaurer le RIC constituant."

Une seule priorité : changer les règles du jeu politique

Pourquoi s'abstenir alors qu'il aurait la possibilité de changer les choses ? "Parce que je ne peux pas voter sans connaître l'avis de la population sur un sujet donné. Et même si je connaissais son avis, la population n'aurait aucun moyen de me renverser si je ne votais pas comme elle le souhaite, alors il serait plus juste de m'abstenir", argumente-t-il. Sa compagne et suppléante, Nelly Darbois, partage sa position : "Nous voulons trancher avec le jeu classique de la politique."

Après avoir commencé à travaillée en tant que salariée, elle s'est installée en libéral il y a 3 ans "pour avoir la liberté d'organiser son temps et de s'investir dans d'autres projets", comme le collectif Espoir RIC. "Être kinésithérapeute, c'est rendre service directement aux gens. Mais nous sommes aussi confrontés à des questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre : par exemple une personne âgée qui voudrait faire valoir son droit à mourir dans la dignité et part en Suisse parce qu'en France ce n'est pas possible… En tant que kinésithérapeute, mes moyens d'action sont limités", estime-t-elle. "On peut certes regretter que nos actes ne soient pas mieux valorisés financièrement, mais je veux ratisser plus large. La défense du citoyen en général passe au-dessus de celle des intérêts de ma profession." On lui a proposé un jour de se présenter au conseil départemental de l'Ordre, elle a refusé. "Je serais membre d'un syndicat de kinésithérapeutes si j'étais convaincue qu'ils avaient un vrai pouvoir, mais c'est toujours l'État qui tranche, même en cas d'opposition massive des syndicats. Et je ne suis pas convaincue qu'ils seraient plus puissants s'ils avaient plus d'adhérents. C'est le système qui veut ça : rien ne contraint l'assurance maladie à les écouter. Le jour où ils redeviennent un vrai contre-pouvoir, j'adhère !"

En attendant les résultats du scrutin dimanche, Albin Guillaud et Nelly Darbois font campagne auprès de leurs patients, leurs collègues, dans la rue… et font du porte-à-porte, comme beaucoup de candidats.

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