Étude nationale sur les chutes chez les personnes âgées : hospitalisations et mortalité en hausse
Sophie CONRARD
- 16 mars 2026
Santé Publique France vient de publier les résultats d'une étude qui montre une hausse du nombre d'hospitalisations et de décès liés à une chute chez les personnes âgées de 65 ans et plus. Elle porte sur la période 2019-2024.
Dans le cadre du plan antichutes chez les personnes âgées, lancé en 2022, Santé Publique France (SPF) a mis en place une surveillance épidémiologique des chutes chez les plus de 65 ans. C'est dans ce contexte que s'inscrit cette étude.
En 2024, 174 824 hospitalisations en lien avec une chute ont été recensées chez les personnes de 65 ans et plus, un chiffre en augmentation de 20,5 % depuis 2019, date du précédent bilan effectué par SPF sur ce sujet. En 2024, 20 148 personnes de plus de 65 ans sont décédées en lien avec une chute, soit 18 % de plus qu'en 2019. Près de 20 % des personnes âgées de 50 à 79 ans déclarent avoir chuté au moins une fois dans l'année. Les chutes sont la première cause de décès accidentel après 65 ans, et la principale cause d'hospitalisation pour traumatisme chez cette population.
Il existe des variations selon le sexe : les hospitalisations sont plus fréquentes chez les femmes mais la mortalité en lien avec une chute est plus élevée chez les hommes.
Santé Publique France observe aussi des disparités régionales : en 2024, les taux d'hospitalisation et de mortalité étaient plus élevés dans les régions Grand-Est, Normandie, Bretagne et Auvergne Rhône-Alpes. Autre variation : il y a plus de chutes en hiver qu'en été. Il y a sans doute un lien avec les conditions climatiques et les épidémies hivernales, avance SPF.
"L'augmentation des taux de mortalité entre 2020 et 2024 est plus importante que ce qui était attendu d'après les projections de la tendance 2015-2019, particulièrement pour les âges les plus avancés", relève SPF, qui fait le lien avec l'augmentation générale de la sédentarité et de l'inactivité physique, "avec un retentissement au fil de l'avancée en âge sur la masse et la force musculaire, et un risque de chute accru", mais aussi avec la pandémie de Covid-19, qui "a possiblement contribué à aggraver cette tendance, soit directement, en augmentant la fragilité des plus âgés infectés par le virus, soit indirectement en augmentant encore davantage l'inactivité physique et la sédentarité du fait des mesures de distanciation sociale".
Cette progression des hospitalisations et des décès liés aux chutes chez les personnes âgées est "préoccupante", estime la FFMKR, qui appelle le Gouvernement à "faire de la prévention de la perte d'autonomie une priorité nationale, en s'appuyant davantage sur les kinésithérapeutes". Cela devient indispensable et urgent, "dans un contexte de vieillissement rapide de la population".
"Les kinésithérapeutes au cœur de la solution"
"La perte d'autonomie n'est pas une fatalité : une politique de prévention peut réduire significativement les risques de chute", affirme la FFMKR, qui "ne cesse d'alerter sur la dégradation des capacités fonctionnelles des personnes âgées, en particulier en Ehpad" depuis le premier confinement en 2020. "Les kinésithérapeutes sont au cœur de la solution. Experts du mouvement, du maintien et de la récupération des capacités fonctionnelles, ils jouent un rôle déterminant dans le dépistage de la fragilité, la rééducation et la promotion de l'activité physique adaptée."
Dans la perspective du futur Plan Grand-âge, qu'on attend en vain depuis plusieurs années, la Fédération propose "plusieurs mesures concrètes pour renforcer la prévention de la perte d'autonomie". D'abord, déployer des postes de kinésithérapeutes coordonnateurs en Ehpad, dont le rôle serait d'évaluer les capacités fonctionnelles des résidents et coordonner les soins de rééducation et réadaptation. Ensuite, intégrer les kinésithérapeutes dans les rendez-vous de prévention mis en place en 2024, en orientant vers eux systématiquement les personnes de plus de 60 ans afin d'identifier de façon précoce d'éventuels risques de chute et de perte d'autonomie. Enfin, permettre aux kinésithérapeutes de prescrire de l'activité physique adaptée, qui est un levier majeur de prévention des chutes et des maladies chroniques. "Une mesure attendue par plusieurs associations de patients comme la Fédération française des diabétiques, le collectif des associations d'obèses, etc.", insiste la FFMKR.