Congrès de la FFMKR à Valence 3 jours d'échanges et de débats fructueux
Sophie Conrard
Kiné actualité n° 1680 - 17/07/2025
Le 62E congrès de la FFMKR s'est déroulé du 27 au 29 juin à Valence, dans la Drôme, dans un contexte particulier. Au coeur des débats : le report des revalorisations tarifaires et la manifestation organisée à Paris le 1er juillet. Comment rebondir après ça ? Quelles pistes pour donner un nouvel élan à la profession ? La Fédération ne manque pas d'idées.
Preuve que les kinésithérapeutes ne se laissent pas abattre facilement : le report à la dernière minute de ces revalorisations tant attendues a suscité “une forte hausse des adhésions à la FFMKR et des inscriptions de dernière minute au congrès”, a souligné Julien Milesi, président du syndicat Drôme-Ardèche, accueillant les congressistes. Tous les adhérents de la Fédération apprécient “ce moment d’échanges, de discussions (parfois musclées) mais comme disait Michel Hidalgo, ancien sélectionneur de l’équipe de France de foot, sans tension il n’y a pas de courant qui passe. La politique de la Fédération, c’est nous, syndicats départementaux, qui l’écrivons”, a-t-il rappelé. Il y a eu en effet de nombreuses prises de parole à la tribune durant ces 3 jours.
Parmi les sujets qui suscitent des tensions, “le conseil fédéral attend de vous une position claire sur la création d’une union inter-URPS”, a déclaré Sébastien Guérard dans son discours d’ouverture, invitant les adhérents à “respecter la démocratie interne et les positions prises en congrès”. Il a surtout donné le signal de la mobilisation générale pour la manifestation du 1er juillet (lire notre compte rendu) et fixé un objectif aux congressistes : “élaborer une stratégie pour sortir de la crise”.
Créer un complément d’honoraires
Puisque le gouvernement a fait le choix de ne pas augmenter les kinésithérapeutes, l’une des solutions pour améliorer leur rémunération serait de “demander la création d’un complément d’honoraires pour accroître les revenus des kinésithérapeutes de 10 à 20 %”, a expliqué Sébastien Guérard. En amont du congrès, le bureau national avait demandé aux départements de plancher sur le sujet et se prononcer pour ou contre cette option. Très majoritairement favorables à cette mesure (“de toute façon, 15 % des kinésithérapeutes font déjà des dépassements sauvages”, a rappelé Julien Milesi), beaucoup ont néanmoins insisté sur l’importance d’encadrer ce complément d’honoraires afin de ne pas pénaliser les patients les plus démunis et fragiles, pour ne pas restreindre l’accès aux soins. Président de la FFMKR 02, Vincent Moreau “exerce dans la commune la plus pauvre de France, où 37 % de la population vit sous le seuil de pauvreté”. Il a insisté sur le fait qu’il était “impossible de leur appliquer un tarif plus élevé”. Faut-il pour autant plafonner ce complément d’honoraires en termes de tarif, de pourcentage du chiffre d’affaires ou de pourcentage des actes réalisés ? “Ce n’est pas à nous de le proposer, ce serait se tirer une balle dans le pied”, estime Guillaume Pleimling, président du syndicat FFMKR 74. “La profession s’autorégulera”, selon Valérie Louveau, présidente du syndicat de la Mayenne. “Le complément d’honoraires doit être encadré. Pensez au message qu’on va envoyer aux gens : la population aussi est touchée par l’inflation”, a souligné Boris Naël, président de la FFMKR 44.
Faire inscrire dans le droit commun un complément d’honoraires pour les kinésithérapeutes, “’est une évidence et une nécessité économique”, a renchéri Stéphane Martin, vice-président de la FFMKR 40, qui défend depuis longtemps un “tarif compensatoire des charges”. En Haute Savoie, “la plupart des confrères font des actes hors nomenclature pour augmenter leurs revenus, mais pas de DE pour ne pas être repérés par la CPAM. On s’interroge même sur l’opportunité de créer un secteur 2”, a expliqué Guillaume Pleimling. Une proposition qui ne plaît pas à tout le monde : certains craignent que cela “scinde la profession en 2 et contribue à créer une médecine à 2 vitesses”, comme Boris Naël. En Bretagne, “les kinésithérapeutes examinent différentes pistes parce qu’ils ont cruellement besoin d’une bouffée d’oxygène : la capitation, le paiement à l’épisode de soins, le développement d’une activité hors Sécu”, a énuméré Franck Adrian, président de la FFMK 56 et de l’URPS-MK de la région.
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Pour Isabelle Beulay, qui est également élue au conseil départemental de l’Ordre de la Sarthe, le dépassement d’honoraire sauvage n’est pas une option : “Nous recevons chaque mois des plaintes de patients contre des confrères qui font beaucoup de DH, sans tact ni mesure. Les associations y sont de plus en plus vigilantes. Par ailleurs, il y a de plus en plus de patients défavorisés qui ne trouvent pas de kinésithérapeute : aucun ne veut les prendre parce qu’ils ‘rapporteraient moins’. On aura bientôt des plaintes pour refus de soins”, a-t-elle averti. “Pourquoi pas un forfait complémentaire pour les confrères qui, justement, prennent en charge les patients à la CMU, en ALD, etc. à qui on ne peut pas appliquer de dépassement ?”, suggère Jean-Marc Gascon, président de la FFMKR 69.
“Le risque, si un complément d’honoraire était créé, est d’exclure les kinésithérapeutes dont la plupart des patients ont peu de moyens. Ils ne pourront jamais le leur appliquer. D’où l’importance de chercher d’autres pistes en parallèle : utiliser l’accès direct pour pratiquer la kinésithérapie hors du cadre conventionnel, en ajustant nos tarifs aux moyens de nos patients ou clients”, a proposé Ludwig Serre, président du syndicat de Paris. Nicolas Lopez, président du syndicat des Pyrénées-Orientales, invite à inverser la perspective : “Quelle serait la juste rémunération horaire pour un kinésithérapeute ? Partons de là et voyons comment il serait possible d’atteindre cette cible. En assemblée générale, nous avons émis l’idée d’une prime de fin de rééducation, par exemple. De toute façon, pour répondre aux problématiques de tous les kinésithérapeutes, il faudra combiner plusieurs solutions.” Au final, les congressistes ont voté une motion demandant au conseil fédéral de porter la création de ce complément d’honoraires, sans toutefois abandonner les revendications dans le cadre conventionnel. Reste maintenant à “trouver un véhicule législatif, négocier avec les mutuelles, la Cnam, faire passer la pilule auprès des patients… Ce sera un débat très technique”, annonce Sébastien Guérard.
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| Sébastien Guérard, président de la FFMKR. |
Un projet de réforme de la représentativité
“C’est un sujet que nous portons en interpro depuis longtemps, face à la multiplication du nombre d’organisations soi-disant représentatives et à la montée en puissance de collectifs populistes qui parasitent le dialogue avec les tutelles et nuisent au système conventionnel”, a expliqué Sébastien Guérard. Lors des négociations en amont de l’avenant 7 par exemple, les 2 syndicats minoritaires ont en quelque sorte pesé plus lourd que la FFMKR et fait avorter la signature… avant qu’Alizé change d’avis et accepte finalement de signer 6 mois plus tard pour un avenant moins disant. “Toutes les professions de santé sont concernées. Nous souhaitons donc moderniser le système conventionnel, ce qui passera en premier lieu par une clarification des choses. Il faut qu’on sache par exemple, avant des élections, si tel ou tel syndicat candidat sera en capacité de mettre des représentants dans toutes les commissions paritaires départementales et régionales, dans les caisses de retraite, etc. Et l’enquête de représentativité doit être réalisée en amont des élections aux URPS”, a détaillé le président de la FFMKR. Il serait judicieux d’éviter aussi qu’un syndicat puisse artificiellement gonfler son nombre d’adhérents en proposant, juste avant une enquête ou une élection, une cotisation à 10 €. “Il faudrait aussi obliger tous les syndicats à publier leurs comptes (certains ne le font jamais, sauf l’année où est prévue une enquête de représentativité). La FFMKR le fait systématiquement”, souligne Stéphanie Bellocq, présidente de la FFMKR 40. Autre problème : “Chaque URPS mène ses projets dans son coin, ce qui ne donne aucune politique nationale de santé”, d’où cette réflexion sur une réforme de la représentativité syndicale.
Les prochaines élections aux URPS sont prévues en 2026 mais en raison de ce projet de réforme, elles seront vraisemblablement décalées à 2027.
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Non à la création de “l’Unuk”
Quelques jours avant le congrès de la FFMKR, certains présidents d’URPS ont déposé, en toute discrétion, les statuts de l’Union nationale inter-URPS Kinés (Unuk). Officiellement, l’objectif est de faciliter la mutualisation des bonnes idées et la généralisation des projets qui fonctionnent. En réalité, il y a beaucoup d’argent en jeu et tous les acteurs ne sont pas désintéressés. Par ailleurs, c’est un projet qui vise à affaiblir les syndicats nationaux, en particulier la FFMKR. Toutes les URPS n’ont pas été conviées à l’assemblée générale constitutive, qui s’est déroulée en visio, et parmi les élus qui ont réussi à se connecter, certains se sont vu refuser la parole.
Élection de 2 nouvelles conseillères fédérales
Diplômée en 2017 de l’IFMK de Laval, elle a commencé par exercer 2 ans en Guadeloupe, puis quelques années à Nîmes, et s’est récemment installée à Paris. Bercée par le syndicalisme dès son plus jeune âge, voyant son père passionné, elle a adhéré à la FFMKR dès le début de sa carrière. Vanessa Sivignon intègre également le conseil fédéral. Âgée de 40 ans, elle exerce à Villeurbanne (69) et a toujours été engagée, d’abord à la Fédération des étudiants stéphanois, puis chez Alizé, qu’elle a quitté pour différentes raisons, “dégoûtée du syndicalisme”. Sa rencontre avec Corinne Friche, pilier de la Fédération dans le Grand-Est et au niveau national, lui “remonte le moral” et l’incite à adhérer au syndicat FFMKR du Rhône. “Mon premier congrès a été un choc de démocratie !”, a-t-elle insisté. Parmi les sujets sur lesquels elle aimerait travailler dans les années à venir, elle a évoqué l’accès direct, la communication, la protection sociale et l’amélioration des conditions d’exercice des kinésithérapeutes. “J’aimerais aussi booster le syndicalisme parce que c’est ce qui fera notre force. Je ferai tout pour remobiliser les confrères et consœurs autour de moi.” Elle achève un mandat d’administratrice à la Carpimko. |
Le conseil fédéral avait eu vent de ce projet mais ne souhaitait pas engager les URPS présidées par ses adhérents sans consulter le congrès avant. Par ailleurs, “nous n’avons jamais été favorables à la création d’une fédération d’URPS, qui figurait dans la loi HPST à l’origine. Nous nous sommes mobilisés pendant 3 ans pour faire tomber cette disposition”, a rappelé Sébastien Guérard.
Dans certaines régions (Occitanie, Nouvelle Aquitaine, Auvergne Rhône-Alpes, Grand-Est…), les relations sont devenues très tendues entre les élus des différents syndicats, à cause de ce projet d’association. Certains congressistes évoquent des manipulations. Alain Bergeau, président d’honneur de la FFMKR, est “convaincu que la loi HPST n’est pas allée assez loin sur le suivi des fonds alloués aux URPS”, ce qui a donné lieu à “des détournements de fonds publics”. Lui-même avait demandé, en 2009, “que la cotisation aux URPS soit la plus faible possible parce que plus ces structures auraient du pouvoir et des moyens financiers, plus elles feraient de l’ombre aux syndicats, en particulier au premier d’entre eux, la FFMKR”. Il s’est par ailleurs dit “choqué” que certains élus sur les listes FFMKR “oublient leur maison mère une fois élus. S’ils ne sont plus d’accord avec leur syndicat, ils sont libres de démissionner”, a-t-il insisté. Alain Poirier, membre du comité des sages de la FFMKR, a suggéré aux adhérents de “saisir les cours régionales des comptes” s’ils ont des doutes sur l’utilisation des fonds alloués à leur URPS. “Elles sont là pour ça !”
La FFMKR dénonce donc la création de l’Unuk et s’oppose à la participation de ses adhérents à cette association. Le conseil fédéral a été “mandaté pour user de toutes les voies de recours pour documenter et dénoncer le mésusage d’argent public que représentent les initiatives des URPS outrepassant les missions qui leur sont dévolues”.
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| Atteint d’une SEP à un stade très avancé, le sénateur de la Drôme Gilbert Bouchet (ici à côté de Sébastien Guérard, président de la FFMKR) a tenu à se déplacer pour manifester son soutien à la profession : “Merci aux kinésithérapeutes pour tout ce qu’ils font pour leurs patients. Je porte vos revendications auprès de mes collègues sénateurs”, a-t-il déclaré. |
Rendez-vous à Metz en 2026
D’autres sujets ont été débattus durant ces 3 journées à Valence, dont nous vous parlerons dans ces colonnes. Le prochain congrès annuel de la FFMKR se déroulera à Metz (57), du 19 au 21 juin 2026. Un département où l’équipe en place est particulièrement jeune et dynamique, entraînée par son président Michel Reisdorf, âgé de 29 ans.
© Vincent Daël
Hommage à Laurent Rousseau
Hommage à Jean-Marc Oviève
Mathilde Rousseau, en digne fille de son père (lire l’encadré p. 10), a été élue conseillère fédérale représentant les moins de 30 ans.
Sa rencontre avec Corinne Friche, pilier de la Fédération dans le Grand-Est et au niveau national, lui “remonte le moral” et l’incite à adhérer au syndicat FFMKR du Rhône. “Mon premier congrès a été un choc de démocratie !”, a-t-elle insisté. Parmi les sujets sur lesquels elle aimerait travailler dans les années à venir, elle a évoqué l’accès direct, la communication, la protection sociale et l’amélioration des conditions d’exercice des kinésithérapeutes. “J’aimerais aussi booster le syndicalisme parce que c’est ce qui fera notre force. Je ferai tout pour remobiliser les confrères et consœurs autour de moi.” Elle achève un mandat d’administratrice à la Carpimko.