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10e congrès de Kiné France Prévention «La prévention est l'affaire de tous»

Ouverture du congrès par Pascal Desbois, président de KFP.

Sophie Conrard
Kiné actualité n° 1687 - 04/12/2025

Kiné France Prévention organisait son 10e congrès à Paris les 21 et 22 novembre. Un événement très attendu des kinési-préventeurs, car il n'a lieu que tous les 3 ans, et qui marquait le 40e anniversaire de la naissance des premiers comités départementaux de prévention en kinésithérapie (CDPK). La première journée était consacrée à la santé au travail.

“La prévention est l’affaire de tous”, a rappelé Pascal Desbois, président de KFP, en préambule, “c’est pourquoi les congrès de l’association sont ouverts aux autres disciplines universitaires”. Outre des kinésithérapeutes, des ergonomes, une statisticienne, un professeur de droit, une psychologue, etc. ont pris la parole au cours de ces 2 journées. Ce 10E congrès était résolument “tourné vers l’avenir car la prévention ne cesse d’évoluer et nos pratiques doivent s’adapter aux nouveaux besoins”, souligne Laurence Lestra, directrice de l’association KPAura, qui co-organisait l’événement.

La France à la traîne pour la prévention des TMS
Abordant la prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS), le PR Fabien Coutarel, ergonome, a rappelé qu’ils représentaient 87 % des maladies professionnelles reconnues et que ce chiffre était probablement sous-estimé parce que beaucoup ne sont pas déclarés. “Ils représentent aussi 12 % des accidents du travail. Donc ce sujet est loin d’être derrière nous, malgré les progrès effectués depuis 30 ans avec les évolutions technologiques, l’évolution des connaissances, etc. L’exposition aux risques a augmenté (mouvements répétitifs de la main ou du bras, travail imposant une position prolongée fatigante ou douloureuse, port de charges lourdes…), et la situation de la France n’est pas enviable”, a-t-il insisté. Sans doute est-ce lié au fait que “nous avons, plus que d’autres pays, un management très vertical, ce qui a des conséquences sur la santé des salariés, la qualité de vie au travail, la santé économique des entreprises. Si on veut prévenir les TMS, il faut interroger le travail et sa gouvernance”.

Par ailleurs, la sédentarité augmente toujours, avec toutes les conséquences néfastes qu’on connaît. Le télétravail a explosé depuis 2020 et le temps de travail a diminué. Si on veut inverser la tendance, il va falloir opérer des choix politiques pour favoriser enfin “des modes de transports actifs, plus d’activité physique à l’école, développer l’accès à la pratique sportive pour tous, favoriser la possibilité d’être actif durant sa journée de travail, avec par exemple du mobilier actif comme des bureaux assis-debout et des tapis de marche, en entreprise comme au domicile des télétravailleurs”, a énuméré Fabien Coutarel. Car on sait que la pratique régulière d’une activité physique réduit de 45 % les risques de survenue d’une lombalgie, mais les bénéfices sont moindres si le salarié passe des heures assis chaque jour.

L’ergonomie, ce n’est pas uniquement l’aménagement du poste de travail. “Il faut interroger l’organisation du travail, les contraintes des salariés, leurs pratiques quotidiennes, les pratiques managériales, etc. Le problème c’est que les salariés n’ont généralement pas voix au chapitre dans la conception du travail, alors qu’ils sont légitimes pour cela. Ce doit être une démarche participative”, a expliqué le PR Coutarel.

Verbatim
Sébastien Guérard, président de la FFMKR et de l’UNPS

Sébastien Guérard a présidé la première séquence du congrès.

“En tant que membre fondateur, la FFMKR est particulièrement fière de voir ce qu’est devenu KFP : une force d’innovation, un acteur visionnaire (aujourd’hui tout le monde est conscient que l’avenir du système de santé passera par la prévention), et une véritable source d’inspiration pour toute la profession. Dans une période marquée par des transitions majeures (démographique, numérique, écologique, mais aussi une crise économique, politique et systémique), KFP a su tracer une voie claire et utile pour la kinésithérapie de demain.

Grâce à ses travaux, nous avons pu intégrer les écoles pour dépister précocement les troubles du rachis et l’obésité, mettre en place le repérage de la fragilité des personnes âgées, qui trouvera bientôt sa traduction dans le champ conventionnel, nous inspirer du RVPSK (rendez-vous préventif santé kiné), véritable matrice des bilans de prévention aux âges clés de la vie (pour lesquels nous revendiquons la participation pleine et entière des kinésithérapeutes), diversifier nos modèles en sortant du cabinet et du seul champ conventionnel.

Je suis fier du chemin parcouru et enthousiaste pour la suite. La prévention n’a jamais été aussi essentielle : continuons à la faire grandir.”

Contribution à l’application Acti’v Dos
KFP a apporté une contribution scientifique au développement de l’application Activ’Dos, un outil facile à utiliser et gratuit proposé depuis 2017 l’assurance maladie en accompagnement d’une campagne autour du slogan : “Mal de dos ? Le bon traitement, c’est le mouvement”. Une nouvelle version mise à jour selon les dernières recommandations de la HAS et plus perfectionnée sera disponible au printemps 2026.

L’application est appréciée des utilisateurs et très bien notée sur les stores. Fin 2023, elle avait enregistré 800 000 téléchargements. 120 000 nouveaux comptes ont été créés l’année suivante avec le lancement de la dernière version.

Avec cette application, l’idée est de proposer des contenus de coaching de qualité et motivants, pour que les utilisateurs aient envie de passer à l’action. “Nous avons aussi veillé à intégrer des messages positifs et éducatifs plutôt que des messages prescriptifs et inquiétants”, précise François-Xavier Dessus, membre du conseil scientifique de KFP. Dans un souci de pédagogie et de clarté, des vidéos très qualitatives ont été réalisées par des kinésithérapeutes qui présentent et expliquent les exercices. “Pour faciliter le passage à l’acte, l’application propose des séances courtes et efficaces. Les exercices sont caractérisés, pour que l’utilisateur sache à quoi ils servent : renforcement musculaire, mobilité… Notre objectif est de toucher le plus grand nombre possible”, complète François-Xavier Dessus.

Activ’Dos complète les séances de rééducation au cabinet du kinésithérapeute. Celui-ci peut s’en servir pour suggérer des exercices à son patient. Actuellement, il en existe une cinquantaine et 20 séances pré-enregistrées. “Mieux vaut donner au patient un programme précis pour qu’il ne soit pas perdu avec son application et pour qu’il ait confiance dans celle-ci”, ajoute-t-il. Avec la version qui sera disponible en 2026, un kinésithérapeute pourra créer des séances sur mesure pour ses patients et leur envoyer directement. “Il est nécessaire que notre profession s’approprie cette application pour que les usagers s’en emparent massivement.”

© D.R.

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