TRIBUNE : Manifeste pour une nouvelle médecine, "la médecine des modes de vie"
Dr Florence Bénichoux
- 22 avril 2026
Médecin formée à la médecine légale et passée par la cancérologie, Florence Bénichoux s'est très vite orientée vers la prévention. Convaincue que chacun peut prendre sa santé en main, elle a publié en début d’année un livre énergiquement intitulé "Refusons de tomber malades !", assorti d'une tribune destinée à la presse, que nous publions ici.
Manifeste pour une nouvelle médecine [1] : "la médecine des modes de vie".
Protéger la santé et pas seulement soigner.
Nous sommes un formidable pays de médecine curative, depuis plus de 50 ans nous avons des traitements qui nous ont permis de soigner nos malades. Mais tout est encore à inventer pour développer une véritable culture de prévention en France, à la fois auprès des institutionnels, des professionnels de la santé et de la population. Nous n’avons plus assez de médecins. Notre population vieillit, nous devrions nous en réjouir, mais elle ne vieillit pas toujours en bonne santé.
1 Français sur 4 souffre d’une maladie chronique et 3 sur 4 après 65 ans, ce qui pèse très lourd sur les comptes de la Sécurité sociale. Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de cette médecine exclusivement curative, le temps est venu d’éviter les maladies. Il nous faut un "contrat thérapeutique et préventif" pour toute maladie chronique. Et de plus, 50 % des cancers sont évitables ! Près de 90 % des infarctus le seraient, si on réduisait les facteurs de risque tels la sédentarité, l’hypertension, le stress, le cholestérol et le diabète.
Alors il est temps d’inventer une nouvelle médecine, "la médecine des modes de vie", qui met l’accent sur l’anticipation, à tous les âges de la vie, avec des étapes de prévention adaptées. "Mieux vaut prévenir que guérir !" L’adage n’a jamais réellement été mis en place dans notre pays. Nous n’avons pas cette culture de la prévention comme le Canada, le Japon ou la Suède. À nous maintenant de construire une vraie médecine du sommeil, une médecine des relations humaines, une médecine du sport-santé adapté à chaque âge et une médecine de l’alimentation.
L’enjeu de cette nouvelle démarche est triple : le premier est de mieux prendre soin de soi, le second, conséquence du premier est d’éviter les maladies et le troisième est la réversibilité. Car par un mode de vie sain au long cours, nous avons le pouvoir d’inverser les choses, de changer la courbe de notre destin en matière de santé. Grâce à la découverte de l’épigénétique, nous avons désormais les preuves de la puissance de nos comportements sur notre santé et de la réversibilité sur nos chromosomes. Il n’y a plus de fatalité. Nous pouvons transformer notre vieillissement, échapper à la démence, éviter les maladies et modifier l’expression de nos gènes. C’est une véritable révolution !
Depuis 2021, il existe aussi une société savante [2] qui démontre concrètement l’efficacité des interventions non médicamenteuses. Il est urgent de s’y mettre ! C’est la médecine de demain. Elle va compléter l’excellence curative.
En encourageant des choix de vie sains avec une "boussole de santé", la "médecine des modes de vie" traite les causes et les problèmes à la racine des maladies au lieu d’en gérer les symptômes. Ce type de médecine est efficace, simple, peu coûteux et n’a que des effets secondaires positifs.
Nos concitoyens plébiscitent cette option plus écologique, mais elle se bricole aujourd’hui alors qu’elle devrait être plus organisée et coordonnée. Or nous avons les preuves qu’elle peut nous aider à réduire de plus de 30 % les dépenses de santé [3]. Qu’attendons-nous pour démarrer [4] ? Et nous les professionnels de la santé, nous avons une responsabilité spécifique pour faire que cette "médecine des modes de vie" soit la grande et bonne nouvelle de notre époque.
Nous avons tous à y gagner !
Dr Florence Bénichoux
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Les signataires (par ordre alphabétique) : Pr Etienne Aliot, cardiologue, professeur de médecine CHU de Nancy. Dr Eva Balenbois, gynécologue Obstétricienne, Hôpital Saint Joseph, Marseille. Pr Francis Berenbaum, chef du Service de Rhumatologie Hôpital Saint-Antoine, Paris. Dr Charlotte Berthaud, médecin anesthésiste réanimatrice, Bordeaux. Dr Bruno Boyer, Institut de Cancérologie de Lorraine, Nancy. Pr Éric Bruckert, endocrinologue, diabétologue, professeur de médecine, La pitié Salpêtrière Paris. Dr François carré, cardiologue, Rennes. Dr Michel Chassang, Vice Pdt du Conseil économique social et environnemental (Cese) et Président de la SGAM AG2R-La Mondiale. Dr Elise Cotto, gériatre, Cheffe de Service, Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, Paris. Dr Carole Cretin, médecin inspecteur de santé publique, Paris. Dr Bénédicte Défontaines, neurologue, fondatrice du réseau Aloïs, Paris. Dr Dominique Delandre, mission sport santé Adjoint Jeunesse et Sports ville de Montargis. Dr Alain Ducardonnet, cardiologue, consultant BFM TV. Dr Valérie Fourneyron, médecin, femme politique, Rouen. Pr François Genet, professeur de médecine physique et réadaptation, Garches. Dr Emmanuel Gizard, hépato-gastro-entérologue, hôpital Saint Joseph, Marseille. Pr Gérard Helft, président de la Fédération Française de Cardiologie Paris la Pitié- Paris. Dr Vanessa Khanine, rhumatologue, Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, Paris. Dr Jean Maalouf, ophtalmologue, CHU de Nancy. Dr Jean-Jacques Mourad, médecin interniste, Chef de Service de Médecine Interne, Levallois-Perret (92). Pr François Paillard, professeur de cardiologue CHU de Rennes. Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre spécialiste du sommeil, Fondatrice du réseau Morphée, Paris. Dr Karina Sanchez-Corves, psychiatre, Paris. Pr Jérémie Sellam, rhumatologue, professeur de médecine, Hôpital Saint-Antoine, Paris. Pr Alain Toledano, cancérologue, Pdt de la Société Française d’Oncologie intégrative, Paris. Dr Laurent Verzaux, radiologue, fondateur et directeur général du réseau VIDI. |
[1] Définition du Robert : Médecine = Science qui a pour objet la conservation et le rétablissement de la santé ; art de prévenir et de soigner les maladies de l'homme (médecin ; médical) ; soin(s), thérapeutique.
[2] Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS). INM : Interventions non médicamenteuses, non invasives, ciblées et fondées sur des données probantes.
[3] Pour un investissement faible, avec une bonne coordination des acteurs, cette médecine des modes de vie nous offrirait des résultats tangibles et mesurables, comme cela a été fait à la CPAM de Strasbourg qui a démontré une baisse de 30 % des dépenses de santé des personnes ayant démarré un sport-santé.
[4] 2022 : le Ministère de la santé devient pour la première fois Ministère de la prévention. 2024 : l’activité physique est grande cause nationale avec la campagne "Bouger 30 minutes par jour". Et en 2025, la grande cause nationale est la santé mentale.