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pour les kinésithérapeutes

Hommage à André Albert


- 18 décembre 2017

Notre collègue André Albert, kinésithérapeute, cadre de santé, est décédé le 16 juillet dernier à Marseille, au terme de plusieurs années de douloureuse lutte contre la maladie de Parkinson.

Né en Lorraine en 1937, brillant élève, victime d’un accident à la fin de ses études secondaires, il perd la vue. Il s’oriente alors vers la profession de masseur-kinésithérapeute, compatible avec son handicap visuel.

Diplômé en 1958, il entre à l’Institut régional de réadaptation (IRR) de Nancy, dirigé à l'époque par le Pr Louis Pierquin, qui a perçu le nouvel essor de la kinésithérapie des cérébro-lésés dans la recherche anglo-américaine dans les années 1945-1960. André peut ainsi très tôt bénéficier d’une  riche documentation (recueillie et traduite par son épouse) qui lui ouvre les portes des approches innovantes en médecine physique et physiothérapie, auxquelles il s’initie aussi, en pratique, au cours de stages londoniens.

 

Première publication

En 1969, il publie Rééducation neuromusculaire de l’adulte hémiplégique aux éditions Masson. Dans son avant-propos, il justifie ainsi sa démarche : "La nécessité d’une codification du traitement de l’hémiplégique adulte nous est apparue peu à peu, à mesure de notre prise de conscience de la richesse et de la diversité que nous apportaient des méthodes de Kabat, Bobath et Brunnstrom." Soulignant d’autre part dans sa préface qu'une "étude réflexive et critique, non plus seulement des outils techniques mais des systèmes qui les ordonnaient et les fondaient scientifiquement, ne pouvait être esquivée".

Tout au long de sa carrière, d’abord à Nancy de 1960 à 1986, où il est aussi enseignant à l’Institut lorrain de formation en masso-kinésithérapie (ILFMK), il poursuit sa réflexion sur le réentraînement fonctionnel des patients cérébro-lésés. Il introduit ainsi et développe les techniques de stimulation électrique fonctionnelle dans la rééducation de la marche et du membre supérieur de l’hémiplégique.

À l’Institut de réadaptation du sud-est, au Centre de Valmante, de 1986 à 1997, il oriente sa réflexion sur les aspects neuropsychologiques de ces handicaps, avec l’aide des équipes marseillaises du CNRS.

Durant toute sa vie de praticien, il publie de nombreux articles et anime des séminaires de formation sur ce sujet en France et à l’étranger, plus particulièrement en Italie, où une traduction de son livre est publiée dès 1972.

Il contribue à la création du Gerna (Groupe d’études en rééducation neurologique des adultes) qui associe des équipes pluridisciplinaires de recherche italiennes et françaises.

 

Une grande curiosité et le sens de la pédagogie

Au fil de son exercice professionnel, André Albert accompagne de nombreux élèves kinésithérapeutes, internes en médecine, médecins praticiens en médecine physique et de réadaptation et professionnels en rééducation neurologique. Pédagogue, il sait clarifier des notions complexes pour les rendre abordables aux élèves. Tous ont bénéficié de ses conseils éclairés. Étudiants et professionnels ont constaté et admiré son savoir-faire, ses compétences, sa patience et sa bienveillance auprès de patients écorchés par la maladie ou un accident grave. Toujours à l’affût des dernières nouveautés dans le domaine des neurosciences, il donne l’envie à tout professionnel d’approfondir, d’actualiser ses connaissances, de remettre en cause ses pratiques thérapeutiques.

Retraité depuis 1997, gardant un vif intérêt pour certains aspects théoriques et pratiques de la rééducation fonctionnelle en neurologie, il crée un site Internet sur la réadaptation fonctionnelle de patients hémiplégiques, où il livre un retour d’expérience (de 1960 à 2010). Ce site est riche de ses observations, ses réflexions, ses hypothèses et toutes ses interrogations si pertinentes qu’il a tellement aimé partager.

André Albert était aussi un grand humaniste. D’une curiosité intellectuelle insatiable, son érudition en philosophie, histoire politique, musique ne font pas obstacle à sa grande modestie, à sa droiture, à son sens de l’humour. D’une grande rigueur scientifique, exigeant avec lui-même, il savait, lucide, faire preuve d’indulgence envers les autres.

André Albert restera pour toutes les personnes (collègues, amis, proches …) qui ont eu la chance de le connaître un être exceptionnel.

Nous présentons à Janine Albert, son épouse et collaboratrice, nos condoléances et l'assurons de notre profonde sympathie.

 

Hommage rédigé par Marie Françoise Junke, MKDE, avec l’approbation de Janine Albert

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