L’hebdomadaire de la profession
pour les kinésithérapeutes

63e Congrès de la FFMKR, construire l'avenir de la profession

Le conseil fédéral a été partiellement renouvelé le 20 juin. Voici la nouvelle équipe.

Sophie Conrard
Kiné actualité n° 1701 - 02/07/2026

La FFMKR a tenu son congrès annuel à Metz, du 19 au 21 juin. La première journée était consacrée à des échanges politiques autour de l'avenir de la profession, à l'occasion de son 80e anniversaire. La question de l'engagement syndical a également été évoquée. En voici un aperçu.

“Votre expertise est indispensable à tous les âges de la vie. Vous jouez un rôle majeur, qui doit être mieux reconnu et mieux exploité dans plusieurs domaines : en prévention, en sport santé, dans la lutte contre la sédentarité, l’accompagnement des maladies chroniques ou encore le maintien de l’autonomie et le maintien à domicile”, a énuméré François Grosdidier, maire de Metz, accueillant les congressistes le 19 juin au matin. Il a bien planté le décor pour les débats qui ont suivi : c’est précisément le sens du Manifeste que vient de publier la FFMKR et qui a été présenté par Sébastien Guérard, président de la Fédération, à l’occasion de ce congrès (nous vous le présenterons en détails dans un prochain numéro). Entre autres, il “affirme la place essentielle qu’occupent les kinésithérapeutes aujourd’hui”.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a tenu un discours en ce sens, rappelant que le système actuel est “trop cloisonné” et doit au contraire être “plus coordonné, plus efficient et plus axé sur la prévention”. Dans ce contexte, “vous avez un rôle à jouer”, notamment avec “l’accès direct qui va monter en puissance”, a-t-elle déclaré aux kinésithérapeutes. Dans la coopération interprofessionnelle aussi puisque “votre place est historiquement ancrée dans l’exercice coordonné”. Elle a par ailleurs évoqué un élargissement du droit de prescription “dès que possible” : le texte est prêt, il sera transmis au Haut conseil des professions paramédicales (HCPP) qui doit l’examiner prochainement. “Vous pouvez compter sur mon engagement à vos côtés”, a-t-elle insisté.

À l’occasion du 80E anniversaire de la profession, la FFMKR organisait la veille de son congrès une journée de débats politiques avec la volonté “d’ouvrir une réflexion ambitieuse pour l’avenir de notre profession”, a souligné Sébastien Guérard. “Quand la kinésithérapie et la Sécurité sociale ont été créées, à quelques mois d’intervalle, la situation n’était pas du tout la même qu’aujourd’hui. Nous avons de nombreux défis à relever. Nos besoins évoluent plus vite que le système de santé : les professions de santé ont considérablement élevé leur niveau de compétences. Les attentes des patients ont changé aussi. Hérité du 19E siècle, le cadre est devenu obsolète. Nous devons réviser les fondations du système. On ne peut plus considérer aujourd’hui que l’hôpital et le médecin généraliste en sont les seules portes d’entrée. Cela n’a aucun fondement scientifique”, a-t-il martelé, appelant à “sortir d’une logique d’auxiliaires médicaux. Ce n’est pas une revendication corporatiste mais une nécessité pour à la fois mieux utiliser les ressources disponibles et mieux répondre aux besoins de soins de la population”.

Conscient des contraintes économiques, le président de la Fédération a appelé les politiques à construire un projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) ambitieux. “Les besoins sont identifiés. Les attentes des patients et des professionnels de santé sont connues. On ne peut plus renvoyer les réponses à une date ultérieure”, a-t-il insisté, rappelant que le pouvoir d’achat des kinésithérapeutes a diminué d’environ 20 % ces 10 dernières années.

Sébastien Guérard a été reconduit à la présidence de la FFMKR.

L’engagement syndical en question
L’après-midi, plusieurs intervenants se sont penchés sur la question de l’engagement syndical : qu’est-ce qui pousse aujourd’hui des kinésithérapeutes à adhérer à un syndicat ? Thomas Prat, vice-président de la FFMKR chargé de la vie conventionnelle et des relations avec l’assurance maladie, a réfléchi à la question en amont du congrès : “C’est une question centrale pour moi. Aujourd’hui, les gens ne veulent plus forcément s’engager dans une structure de manière durable, verticale. Mais elles sont prêtes à contribuer, à aider ponctuellement, à apporter une compétence, une idée. C’est une vraie question pour les syndicats. Pendant longtemps, on a pu penser : ‘adhère, puis engage-toi’. Aujourd’hui, il faut peut-être davantage accepter l’inverse : permettre aux professionnels de contribuer, de se sentir utiles, puis de construire progressivement un lien avec le collectif”, estime-t-il. “Pour la kinésithérapie, c’est un enjeu majeur. Parce que défendre la profession ne peut pas reposer uniquement sur quelques élus, responsables départementaux ou habitués des réunions. Cela passe aussi par des remontées de terrain, des échanges, des jeunes qui osent prendre leur place, des femmes qui s’engagent davantage dans les responsabilités, et des professionnels qui se disent qu’ils ont quelque chose à apporter, même s’ils n’ont pas envie de ‘faire du syndicalisme’ au sens classique du terme. C’est peut-être ça, une partie de l’avenir à construire : un syndicalisme moins fermé sur ses codes, plus accessible, plus capable d’accueillir différentes formes d’engagement.”

Comment vont les kinésithérapeutes et de quoi rêvent-ils ?

Nous avons présenté le 19 juin les résultats d’une enquête en ligne réalisée conjointement par Kiné actualité et la FFMKR en début d’année, afin de sonder le moral des kinésithérapeutes. 1 621 kinésithérapeutes y ont répondu. Nous avons constaté une insatisfaction majoritaire (55 % des répondants) et croissante par rapport à un précédent baromètre effectué en 2024. 72 % des kinésithérapeutes estiment que leur situation va encore se dégrader. Mais les réponses dépendent en partie de l’âge du professionnel : les moins de 30 ans sont plus nombreux à être satisfaits de leur situation (64 %) que les 50-59 ans (38 %). 71 % des répondants pensent que la situation de la profession s’est dégradée ces dernières années. Là encore, les moins de 30 ans sont moins sévères que les 50-59 ans.

Les principaux motifs d’insatisfaction sont le niveau de revenus (seuls 16 % des kinésithérapeutes en sont satisfaits), les difficultés de coordination avec les médecins libéraux (60 %) ou hospitaliers (71 %), et les relations avec la CPAM (57 % d’insatisfaits). Concernant les revenus, les réponses varient peu selon l’âge mais un peu selon le sexe : 83 % des femmes sont insatisfaites de leurs revenus, contre 76 % des hommes. Par ailleurs, 79 % des répondants se plaignent de la place qu’occupent les tâches administratives dans leur journée.

Le métier comporte heureusement des aspects positifs, comme la liberté de s’organiser (89 % des répondants en sont satisfaits), la qualité de la relation avec les patients (95 %) ou encore l’attachement au modèle libéral. 65 % des kinésithérapeutes sont satisfaits du temps et de l’attention qu’ils peuvent accorder à chaque patient : c’est moins qu’en 2024 (71 %). 78 % sont satisfaits également de la qualité de leurs relations avec leurs confrères.

Présentation des résultats de notre Baromètre le 19 juin.

Les kinésithérapeutes ont également été interrogés sur leurs aspirations. Concernant leur rythme de travail, 65 % d’entre eux aspireraient à travailler moins.

Le taux est plus élevé chez les moins de 40 ans, dont 42 % aimeraient idéalement travailler moins de 53 h par semaine. Les réponses aux questions sur le rythme de travail sont particulièrement genrées : quand on leur demande quel serait le volume horaire hebdomadaire idéal s’ils avaient le choix, ce volume est plus important chez les hommes que chez les femmes.

Les aspirations financières de la profession sont très raisonnables : 36 % aspirent à un revenu annuel net situé entre 40 000 et 60 000 €, et 24 % à un revenu situé entre 60 000 et 80 000 €. Les kinésithérapeutes ne veulent plus dépendre de la Sécurité sociale. La moitié sont favorables à la possibilité de facturer des compléments d’honoraires, en particulier chez les trentenaires (76 %). Le taux d’adhésion à cette idée diminue avec l’âge, sans doute pour des questions d’habitudes.

Nous les avons interrogés sur des évolutions possibles du métier : élargissement du droit de prescription, montée en puissance de leur rôle en prévention, etc. 90 % des répondants sont favorables à la possibilité de réaliser des rendez-vous de prévention avec leurs patients. Cela tombe bien puisqu’un arrêté va bientôt être publié pour concrétiser cette possibilité (lire Ka n° 1699 p. 6). 81 % souhaitent pouvoir prescrire des séances d’activité physique adaptée à leurs patients et certains examens d’imagerie (radio, échographie). Pour les médicaments, ils sont plus frileux : moins de la moitié (49 %) souhaitent pouvoir prescrire des antalgiques ou des anti-inflammatoires.

90 % des kinésithérapeutes sont favorables au développement des spécificités d’exercice et 78 % à une rémunération différenciée pour cela. Concernant l’accès direct, ils sont prêts. 81 % sont favorables à un accès direct généralisé pour certaines pathologies, et 58 % à un accès direct quel que soit le motif de consultation. Les femmes y sont moins favorables (50 %) que les hommes (66 %).

Lui-même est engagé à la FFMKR depuis 2019. Au départ, par un concours de circonstances. Puis il s’engage au niveau national et se forme “sur le tas”. “Les réunions, les textes, les négociations, les désaccords, les appels de confrères, les urgences à traiter, les arbitrages à opérer… On apprend vite que le syndicalisme ne se résume pas à prendre la parole ou à publier un communiqué. C’est aussi, et peut-être surtout, un travail. Faire adhérer, mobiliser, représenter : ce ne sont pas seulement des mots, ce sont des tâches concrètes, parfois visibles, souvent beaucoup moins. Faire adhérer, ce n’est pas seulement convaincre quelqu’un de payer une cotisation. C’est créer du lien, donner envie de rester, montrer que le collectif sert à quelque chose. Mobiliser, ce n’est pas simplement constater que tout le monde est mécontent. Une profession peut râler énormément sans pour autant se mobiliser. Entre les deux, il y a du travail : formuler les problèmes, construire une revendication, trouver les bons relais, créer de la confiance. Représenter, ce n’est pas seulement avoir un mandat ou être présent dans une instance. C’est rester connecté au terrain, aux réalités vécues par les kinésithérapeutes, même quand on passe beaucoup de temps dans les réunions, les textes et les négociations. (…) Le syndicalisme tient moins par ses grands discours que par ce travail parfois ingrat, souvent invisible, mais indispensable : écouter, expliquer, représenter, former, structurer, mobiliser.”

Trois séquences ont permis d’aborder ce sujet sous des angles complémentaires : l’engagement syndical des femmes à la FFMKR, avec Céline Marchal, conseillère fédérale, l’engagement syndical des jeunes à la FFMKR, avec Mathilde Rousseau, conseillère fédérale des moins de 30 ans jusqu’à cette année, et un grand entretien avec Jean-Claude Mailly, ancien secrétaire général de Force ouvrière. Ce temps d’échange a mis en avant un enjeu central : comment faire vivre une représentation professionnelle solide, capable d’intégrer de nouveaux profils, de transmettre l’expérience acquise et de peser dans les débats sociaux et professionnels ? “Pour les kinésithérapeutes, l’engagement syndical n’est pas une idée abstraite. Il touche à la défense de l’exercice, aux négociations, à la reconnaissance du travail réalisé au cabinet et à la capacité collective à porter des demandes claires. Mettre en avant les femmes, les jeunes et l’expérience de Jean-Claude Mailly, c’est rappeler qu’un syndicalisme solide se construit dans la durée, mais qu’il doit aussi savoir se renouveler”, complète Thomas Prat, qui a réfléchi à la question de l’engagement des jeunes. “On commente beaucoup la jeunesse, on a des idées sur elle (ils seraient paresseux, individualistes, trop fragiles, pas assez travailleurs, trop sensibles…), mais on l’écoute finalement assez peu. Or leur colère, face à un ‘vieux monde’ qui juge beaucoup et écoute peu, mérite d’être entendue. Non pour opposer les générations, car chacune a eu ses difficultés, ses combats, ses contraintes. Mais parce qu’on ne peut pas parler à la place des jeunes. On ne peut pas ressentir le monde à leur place. Dans la kinésithérapie, cette question est centrale car il y a de plus en plus de jeunes kinésithérapeutes. Ils arrivent dans un exercice complexe : installation difficile, charges importantes, pression administrative, tarifs conventionnels insuffisants, rapports parfois compliqués avec les caisses, recherche de sens, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Si nous voulons qu’ils s’engagent, il ne suffit pas de leur dire que ‘le syndicat est important’, il faut leur montrer qu’ils ont une place réelle. Qu’ils peuvent parler de leurs difficultés sans être renvoyés à leur supposée impatience. Qu’ils peuvent contribuer sans devoir adopter tous les codes de ceux qui étaient là avant eux. Qu’ils peuvent faire évoluer l’organisation, et pas seulement venir renforcer une maison déjà construite. Les jeunes ne veulent pas forcément qu’on leur ‘parle jeune’, ils veulent surtout qu’on leur parle vrai”, insiste le kinésithérapeute. “Personnellement, mon objectif comme syndicaliste est simple : faire en sorte que la nouvelle génération de kinésithérapeutes rencontre le moins de difficultés possible pour travailler correctement. Pas parce qu’elle serait plus fragile, mais parce que chaque génération devrait essayer de laisser à la suivante un cadre un peu moins abîmé que celui qu’elle a trouvé. Écouter les jeunes kinésithérapeutes, ce n’est pas une posture. C’est une condition pour construire l’avenir de la profession.”

Le bureau reconduit pour 3 ans

Les adhérents de la FFMKR ont renouvelé leur confiance au bureau fédéral, qui a été réélu à l’identique pour un mandat de 3 ans.

- Président : Sébastien Guérard
- Premier vice-président : Stéphane Beulay
- Secrétaire général : Rémy Rivier
- Trésorière : Céline Chebal-Raizer
- Vice-président au développement et à l’animation de la vie syndicale : Arnaud Barbier
- Vice-président à l’exercice : Félix Faber
- Vice-président à la vie conventionnelle et aux relations avec l’Assurance maladie : Thomas Prat
- Vice-président à la qualité, la certification et la formation : Stéphane Fabri

© D.R.

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